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Rencontre avec Kun-Mean HOU, responsable scientifique du projet européen CAPTOR

Publié le 21 juin 2018 Mis à jour le 9 avril 2019

Kun-Mean HOU, chercheur en informatique au laboratoire LIMOS est le responsable scientifique UCA du projet européen Horizon 2020 CAPTOR. Ce projet impliquant aussi des équipes d'Espagne, d'Italie et d'Autriche vise à sensibiliser les citoyens à la problématique de la pollution de l'air.

Hong-Ling SHI, Kun-Mean HOU, Xunxing DIAO et l'ingénieure de projets Claire SORIANO, au LIMOS (Laboratoire d'Informatique, de Modélisation et d'Optimisation des Systèmes) à l'IRSTEA (Institut national de Recherche en Sciences et Technologies pour l'Environnement et l'Agriculture).

Pourriez-vous nous présenter le projet CAPTOR ?

La pollution de l’air dans le monde, c’est plus de 7 millions de personnes qui meurent chaque année de manière prématurée, dont environ 500 000 en Europe. Si l’on ne fait rien cette situation risque de s’aggraver. C’est à cette problématique de sensibilisation que CAPTOR répond, notre objectif, c’est de faire de la science citoyenne.

CAPTOR est un projet européen divisé en workpackages qui sont ensuite traités par différentes équipes de scientifiques européens.
Le LIMOS travaille sur le développement de capteurs sans fil permettant de détecter l’ozone et le dioxyde d’azote, qui seront utilisés par les autres partenaires du projet.

On essaie de développer un système qui soir robuste et simple d’utilisation, afin de pouvoir par exemple adapter l’activité humaine aux pics de pollution, et d’équiper le plus de villes possibles de stations de détection de la pollution de l’air.
Grâces à ces stations, nous souhaitions observer le déplacement de la pollution depuis les villes vers l’extérieur : nous avons par exemple observé un dépassement du seuil recommandé de l’O3 (ozone) dans des endroits reculés des Alpes, ou bien une diminution du rendement de melons de 15 à 20 % à plus de 150 km de Barcelone : beaucoup de chercheurs agronomes ignoraient que la pollution de l’air avait un tel impact sur les cultures.

 

Quels partenariats cela vous a-t-il amené à développer ?

Le réseau nous l’avions déjà, avant de monter CAPTOR, nous travaillions sur le développement des technologies de bases de l’internet des objets pour réaliser des objets intelligents, communicants, robustes et à faible consommation d’énergie. Nous pouvons équiper de notre technologie de base tout type de capteur.
C’est au travers de publications de recherches sur ce sujet, que j’avais rencontré Prof. Jorge GARCIA VIDAL à l’occasion d’une conférence. Cette rencontre à entre autre débouché sur la  création d’un double diplôme entre l’Institut Supérieur d’Informatique, de Modélisation et de leurs Applications (ISIMA) et l'Université Polytechnique de la Catalogne (UPC). Ensuite nous avons essayé de collaborer sur des Appels à Projets. Un réseau ça ne se met pas en place tout seul, il est important d’avoir une compétence bien identifiée et visible par les collègues européens, c’est grâce à ces compétences identifiées que Prof. Jorge nous a sollicités pour la mise en place de CAPTOR.
Capteur d'ozone et smartphone lisant le relevé



Quel a été l’intérêt de ce projet pour vous ?

CAPTOR nous a apporté une visibilité, nous a permis de mettre en avant nos compétences pour pourvoir par la suite lancer d’autres projets. Et puis l’on construit un outil qui est utilisé par d’autres pour sensibiliser les citoyens. La pollution de l’air est un sujet de santé publique : CAPTOR a servi de moyen de pression citoyenne, notamment sur le gouvernement catalan, les citoyens ont utilisés les résultats de nos mesures pour faire changer la politique de la ville de Barcelone. C’est un moyen d’action, chaque acteur du projet apporte son expertise pour pouvoir convaincre les décideurs politiques.

A un autre niveau, cela nous a permis de recruter trois post doctorants pour ce projet, nous avons aussi pu mettre en valeur nos compétences à l’UCA, au niveau européen.
 

L’obtention de ce projet a-t-elle été une source de contraintes ?

Il y a eu quelques contraintes liées au suivi du projet, nous nous devons de rendre des comptes : il faut remplir des « timesheets » et des rapports, se réunir toutes les semaines avec les partenaires. C’est parfois un défi d’ailleurs, que de se comprendre entre scientifiques de domaines ou de cultures différentes : je crois que si l’on n’est pas un peu curieux de l’autre ou de sa culture, il peut être très difficile de travailler sur un projet collaboratif. Il y a des domaines dans lesquels je n’aurais pas pu avancer sans l’aide de la Cellule Europe, notamment tout ce qui concerne la gestion et le suivi.
 

Que conseilleriez-vous à un candidat de cet appel à projets ?

Mon conseil serait de travailler en amont avec le Pôle Ingénierie de Projets et puis de se construire un réseau.
Le travail en amont permet de cerner les attentes des organismes mais aussi les rouages des conditions de sélection afin de répondre aux appels à projets de manière optimale. Le Pôle Ingénierie de Projets prodigue de bons conseils, ils ont l’habitude de travailler avec ces financeurs. Parfois ça fonctionne du premier coup, mais la compétition est telle qu’il faut souvent retravailler le projet et élargir son réseau pour en déposer un autre ultérieurement.
 

CAPTOR a-t-il changé la manière dont vous aborderez vos prochains projets de recherche ?

Pas vraiment, enfin, peut-être un peu sur ce qui concerne la gestion du temps, il faut savoir gérer les participants locaux après moi j’ai eu la chance d’avoir travaillé avec des post-doctorants (M. Xunxing DIAO, M. Hongling SHI et M. Tian BIN) très compétents.
Sur le découpage du projet, je sais aussi comment s’insérer dans ce processus. Il faut savoir être réaliste et ne pas simplement chercher à avoir la part la plus importante, mais plutôt définir un domaine sur lequel on est réellement compétent et auquel on saura répondre.

Union Européenne

Le projet européen CAPTOR est financé par le programme Horizon 2020 de l'Union Européenne au titre de la convention de subvention n°688110.