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Rencontre avec Cécilia BRASSIER-RODRIGUES, responsable scientifique du projet européen coLAB

Publié le 9 avril 2019 Mis à jour le 9 avril 2019

Le projet coLAB est financé par le programme conjoint du Conseil de l'Europe / Union européenne « Faisons vivre une culture démocratique et inclusive à l’école » et vise à améliorer l'intégration sociale des réfugiés dans la société en leur offrant la possibilité de travailler comme personnel enseignant ou experts des institutions participantes.

Ce projet européen rassemble l’Université Clermont Auvergne (UCA), l’Institut des Hautes Etudes de Communications Sociales (IHECS) de Bruxelles, le London College of communication, la Libera Universita Maria SS. Assunta de Rome et l’IHECS Academy de Bruxelles autour d’un projet d’inclusion pour les réfugiés. C’est Cécilia BRASSIER-RODRIGUES, Maître de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication, et membre du Laboratoire Communication et Sociétés, qui a rendu possible la mise en place de ce projet pour l’UCA et qui en est la coordinatrice scientifique.

Rencontre publiée dans le quatrième numéro du Lab, journal de la recherche de l'UCA.


Pourquoi avez-vous choisi de porter ce projet ?

Le projet coLAB est une aventure humaine et scientifique. Porter ce projet me donne l’occasion de concilier mon activité de recherche, de contribuer à une activité fortement sociale et aussi de travailler dans un contexte international et interculturel, aussi bien au quotidien avec les réfugiés que j’accompagne que dans les échanges avec les partenaires européens du projet.
 

Quel est le lien de ce projet avec vos recherches en cours au Laboratoire Communication et Sociétés ?

Mes travaux de recherche portent sur le rôle de la communication interpersonnelle et interculturelle dans la création de lien social entre individus en situation de mobilité, qu’il s’agisse d’étudiants lors de courts séjours, de réfugiés en situation d’exil ou de séniors qui ont choisi de passer leur retraite dans un autre pays. Le projet coLAB me permet d’analyser une nouvelle forme de mobilité, abordant la question de la migration forcée.


Comment avez-vous trouvé vos partenaires européens pour créer ce réseau ?

En janvier dernier, Hélène POCHET, qui est chargée de projets auprès du service des Relations internationales de l’IHECS à Bruxelles, a contacté ses partenaires internationaux pour réfléchir à une réponse dans le cadre d’un appel à projets européens. Elle proposait de travailler plus particulièrement sur l’inclusion des réfugiés dans la société. Je l’ai appelée pour en discuter. Puis d’autres établissements d’enseignement supérieur se sont joints à nous et ensemble nous avons proposé le projet coLAB.


Est-ce que ces partenaires accueillent, comme l'UCA, des réfugiés dans leurs structures ?

L’ensemble des partenaires de coLAB font tous intervenir des réfugiés, mais sous différents formats, parfois adaptés à la législation du pays. Ainsi, en Italie, les enseignants-réfugiés interviennent en qualité d’experts dans des cours assurés par d’autres. A Londres et à Bruxelles, les formats sont plus proches de celui que j’ai adopté à l’UCA.


Pouvez-vous revenir sur la manière dont les participants ont été sélectionnés ?

Dès le mois de mai, j’ai pris contact avec les associations qui travaillent au côté des migrants pour leur présenter le projet et leur demander de relayer l’information. Certaines structures m’ont ensuite contactée directement pour me présenter des participants potentiels : c’est le cas du Réseau Vichy Solidaire ou du Secours Catholique à Clermont. Et puis j’ai reçu des candidatures spontanées d’autres réfugiés, de toute la France. J’ai recontacté tout le monde, j’ai demandé un CV, une lettre de motivation, des copies des diplômes. Lorsque le dossier paraissait solide, j’ai rencontré les personnes. Et pour 5 d’entre elles, qui avaient les compétences nécessaires et un profil intéressant, je me suis ensuite mise en recherche d’un enseignement à proposer.
 

Combien de cours seront assurés? Sont-ils intégrés complètement à la formation ?

A l’UCA, 5 personnes réfugiées dispensent des cours dans deux composantes, en licence et en master. Il s’agit de l’UFR LCC et de l’IAE. Cela représente un volume d’environ 200 h de cours. La plupart d’entre eux sont totalement intégrés au cursus. Les thématiques sont variées (marketing, stratégies de communication, communication interculturelle, civilisation, etc.) et correspondent à l’expertise des réfugiés, qui étaient soit enseignants soit occupaient des postes d’encadrement en entreprise. Et puis, une des enseignantes propose une UE libre sur la question migratoire, destinée aux étudiants de toute l’Université en troisième année, touchant ainsi un public plus vaste.


Les élèves sont-ils au courant du statut des enseignants? Si oui, comment réagissent-ils? Le projet prévoit-il une évaluation des formateurs ?

Les étudiants savent que leurs enseignants sont des réfugiés. Ils le disent lorsqu’ils expliquent le parcours professionnel qui les amène devant eux. Mais ensuite, cela n’est plus abordé. En revanche, les étudiants ne connaissent pas le projet coLAB. Quant à l’évaluation des formateurs, elle est prévue sous différentes formes. Dès que les cours vont se terminer, je vais aller rencontrer les étudiants qui feront une évaluation qualitative de l’enseignement dispensé. Et dans le cadre du projet, l’ensemble des participants des différents partenaires participent à une action d’évaluation pour étudier les retombées du projet sur leur inclusion dans la société.

Quelle est la suite possible : vont-ils revenir enseigner l'an prochain ou pourraient-ils, à terme, postuler à des emplois plus pérennes dans l'enseignement ?

L’objectif de coLAB n’est pas de transformer ces réfugiés en enseignants permanents. Nous voulions leur donner l’occasion de mettre en avant leurs compétences pour occuper un emploi. Cela contribue à leur redonner confiance et à améliorer leur estime de soi. Sur les 5 enseignants-réfugiés qui interviennent à l’UCA, 3 ont trouvé un emploi depuis le démarrage du projet. Ils souhaitent continuer d’intervenir l’année prochaine, mais sous la forme de vacations.


Un documentaire est en cours de réalisation ?

Afin de garder un témoignage de cette aventure humaine et aussi de promouvoir cette initiative dans d’autres établissements d’enseignement supérieur, le service Communication de l’UCA produit actuellement un film documentaire. Il parlera notamment de l’expérience des enseignants-réfugiés de l’UCA.