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Rencontre avec Philippe BOURDIN, responsable scientifique du projet ANR CIRESFI

Publié le 9 novembre 2018 Mis à jour le 9 avril 2019

Professeur d'Histoire moderne et directeur du Centre d'Histoire "Espace & Cultures", Philippe BOURDIN étudie l'histoire politique et culturelle de la Révolution française. Il collabore au projet CIRESFI "Contrainte et Intégration: pour une réévaluation des spectacles forains et italiens sous l'ancien régime", coordonné par laboratoire L'Antique, le Moderne (l'AMo) à l'Université de Nantes.

Philippe Bourdin au Centre d'Histoire "Espaces & Cultures" (CHEC).


Pouvez-vous nous présenter le projet CIRESFI ?

Il est porté par une collègue littéraire de l'université de Nantes, Françoise Rubellin, et nous sommes deux membres du CHEC (Centre d’Histoire Espaces & Cultures), Cyril Triolaire et moi-même, à y participer. C’est un projet tourné vers l’existence et les héritages des théâtres italien et forains (les spectacles de curiosités) en France aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Qu’est-ce-que les curiosités ? Ce sont des saltimbanques qui font des tours de force, des équilibristes, des montreurs d’animaux mais aussi des comédiens qui mettent en scène des statues de cire, des crèches animées, qui montrent des lanternes magiques, bref, toute une série de petits spectacles très populaires qui coûtent peu cher, qui sont donc d’accès facile et qui vont se développer dans les rues et sur les places des principales villes de France, véhiculant nombre d’idées politiques, religieuses, ou faussement scientifiques.
 

Comment s'est mis en place le projet ?

Nous avions déjà déposé et obtenu plusieurs projets ANR, notamment sur le théâtre de la Révolution française et de l’Empire ; nous essayons de reconstituer les programmations des salles de spectacle, de comptabiliser ces salles, ce qui n’avait jamais été fait auparavant, en marquant l'existence à la fois d’un théâtre professionnel et d’un théâtre amateur, beaucoup plus important qu’on ne le croit dans la France du XVIIIe siècle. Nous analysons aussi les critiques qui ont été données des différents spectacles. Et puis nous essayons de reconstruire les parcours des artistes et de manière générale de tous les personnels de théâtre : les éclairagistes, les perruquiers etc.

C’est à ce titre que nous avons été sollicités, Cyril Triolaire & moi-même, par l'Université de Nantes pour participer au projet CIRESFI. Nous avions rencontré notre collègue Françoise RUBELLIN à l’occasion de plusieurs manifestations scientifiques internationales, et elle nous a fait confiance pour travailler en tant qu’historiens sur ce projet qui regroupe environ 25 personnes (enseignants-chercheurs & doctorants) dont des musicologues et des spécialistes de la littérature.

Au départ nous lui avions proposé de travailler sur ce que nous connaissions le mieux : la toute fin du XVIIIe siècle, pour voir ce qui reste à ce moment-là du théâtre italien. Nous lui avions également offert de monter une pièce portant les héritages du théâtre italien (notamment des canevas sur lesquels il faut improviser), un répertoire aujourd’hui oublié dont il faut comprendre les cadres et les limites scéniques. Et comme Cyril & moi faisions déjà du théâtre, nous nous sommes lancés dans cette entreprise avec une troupe à laquelle j’appartenais déjà, les Tréteaux des Cabots teints. C’est avec eux que nous avons monté en juillet 2017, après un an et demi de travail, une pièce de théâtre de la datant de la Révolution Française, Madame Angot au sérail de Constantinople, de Joseph Aude (1793).

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Ce projet a-t-il été porteur d'autres opportunités ?

Oui, ce projet fut l’occasion de créer une focale sur un aspect précis de l’univers théâtral. Cela nous a poussé à observer de plus près le répertoire que l’on avait récolté lors du projet Therepsicore. Mais aussi à travailler davantage sur la continuité et la rupture, en l’occurrence plus de continuité que de rupture. C’est vrai que Therepsicore était une enquête déjà immense, qui continue d’ailleurs au-delà du projet ANR. Donc, ce projet CIRESFI nous a offert l’opportunité de comparer avec les pratiques antérieures. Il a également été l’occasion de valoriser un aspect de notre recherche encore inexploité : les spectacles de curiosités. Ils ne figurent pas dans la base Therepsicore, que chacun pourra consulter à partir de décembre 2018 (elle n’est pour l’heure qu’en partie disponible en ligne), mais à partir de la rentrée prochaine, nous allons créer une base de données spécifique à ces spectacles.

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Le projet CIRESFI a reçu un financement de l'Agence Nationale de la Recherche dans le cadre de l'Appel à projets générique 2014.